Naissance du Vêvê 

À la fin d’une longue et dure journée d’esclave, Akato se lamentait : « Les esprits ont déserté ma case. Ils  ne peuvent  trouver le chemin qui mène jusqu’à moi. » Il faisait chaud ce jour-là comme tous les jours. Le maître était sans pitié ce jour-là comme tous les jours. Ce soir-là comme tous les soirs, Akato se tournait et se retournait sur sa natte  et ce soir là la fatigue était plus forte, il sombra dans le sommeil.

Mais cette nuit là n’était pas une nuit comme les autres. Il reçut de la visite.  Son grand-père qu’il aimait beaucoup lui apparut, il traçait  sur le sol un beau dessin. Il leva la tête et lui dit : ta liberté est au bout du chemin et il lui indiqua la direction.                                 

 Dans son rêve  Akato cherchait à reconstruire le dessin de son grand-père. Au fur et à mesure qu’il en traçait les lignes, une musique  jusqu’alors inconnue l’environnait comme venant de loin et de mille lieux à la fois; elle se rapprochait de plus en plus et en même temps il avait le sentiment que la musique venait de lui du plus profond de son être. À chaque ligne tracée, la musique s’amplifiait  et  de nouvelles voix s’ajoutaient. Quand il eut fini de dessiner il se vit entouré de toute  l’assemblée de ses frères et sœurs vêtus de blanc. Ils chantaient et dansaient.  Ils dansaient et chantaient, dans une  lumière que Akato n’avait jamais vue, des chants qu’il n’avait jamais entendus, des danses qu’il n’avait jamais vu danser. Dans son rêve, les danseuses et les danseurs ne touchaient pas terre; tout en chantant, tout en dansant, ils étaient portés vers la montagne par cette lumière de plus en plus belle. Arrivé dans une clairière, il retrouva d’autres frères et sœurs. Parmi eux, des visages qu’il n’avait jamais vus auparavant, des visages à la peau cuivrée comme brulée par le soleil, ils  portaient chacun une longue chevelure noire. Ils chantaient les mêmes chants dansaient les mêmes danses : les chants et les danses de la liberté. Il fit leur connaissance, c’étaient les premiers habitants. Eux aussi fuyaient l’esclavage, eux aussi luttaient pour leur liberté et celle de leurs frères.

Dans son rêve, Akato découvre d’autres dessins. Aidé de ses amis, les premiers habitants,  il en trouve des centaines. Il leur donne  alors un nom :  Vèvè qui  veut dire dessin qui relie les hommes aux dieux.

À son réveil, Akato sait que le jour de la libération est proche. Bientôt il ira retrouver ses frères dans la montagne, il suivra le chemin que lui  a indiqué son grand-père. Il ira grossir l’armée des combattants de la liberté. Bientôt il sera marron.  Les dieux ont retrouvé le chemin de sa case. 

Anthony Benoit 2005

 
 
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